En quelques années, le recours aux partenariats public-privé est devenu un élément essentiel de la stratégie de la National Geospatial-Intelligence Agency (NGA) pour acquérir de nouvelles capacités et données commerciales. Ces partenariats permettent à l’agence de bénéficier d’images commerciales de haute résolution sur étagère tout en rationalisant ses coûts d’accès à l’imagerie spatiale. A ce titre, l’agence possède aujourd’hui plusieurs programmes dédiés, un partenariat de longue date, EnhancedView, associé à la société DigitalGlobe, plus récemment l’initiative CIBORG (Commercial Initiative to Buy Operationally Responsive GEOINT) depuis 2016, ainsi qu’un abonnement à l’imagerie de la société Planet officiellement annoncé en juillet dernier.

L’ensemble des données acquises via ces différents partenariats représentent une opportunité phénoménale pour l’agence américaine, a condition qu’elle soit en mesure d’exploiter ce potentiel et de faire face à la forte croissance de l’offre en imagerie satellitaire commerciale. C’est pour répondre à ce besoin que la NGA a récemment annoncé le développement de nouveaux partenariats public-privé avec l’industrie. Cette annonce fait suite à la conférence SmallSat 2017, où le directeur de la NGA, Robert Cardillo s’est exprimé en faisant part de ses préoccupations quant à la capacité de l’agence à appréhender les volumes colossaux de données d’origine spatiale attendues dans les cinq années à venir sans le concours de partenaires privés.

Le message de Robert Cardillo est clair: « Nous avons besoin de partenaires », l’émergence de constellations de satellites d’observation telles que celles que mettent en place les sociétés Planet, Blacksky et DigitalGlobe annonce un véritable raz de marée d’images commerciales à haute résolution spatiale et temporelle sur le monde entier. A mesure que les archives d’images commerciales prolifèrent, des agences telles que NGA se doivent de trouver des moyens plus agiles et plus efficaces pour utiliser ces ressources au cours de la prochaine décennie. Les données générées par cette industrie deviennent bien trop nombreuses pour envisager la moindre exploitation manuelle, la masse d’analystes nécessaire serait alors considérable.

« Mon inquiétude est que les données deviendront un risque – cela va accabler, et au lieu de créer de la cohérence, cela créera un chaos » R. Cardillo

Valoriser le capital de données pour développer de nouvelles solutions

Cette situation pousse la NGA à s’appuyer davantage sur le secteur privé pour développer de nouvelles technologies et services afin de galvaniser ses capacités. Dans ce but, l’agence américaine envisage de mettre à disposition ses vastes archives de données géospatiales habituellement inaccessibles aux entreprises en échange de nouveaux algorithmes de détection, de logiciels et technologies d’automatisation que l’agence pourrait exploiter à son profit.

En offrant des données aux entreprises du secteur privé en échange de nouvelles solutions ou services, la NGA réaffirme sa nouvelle stratégie, plus orientée vers une logique de courtage de données. Selon Robert Cardillo, les partenariats visés fonctionneront comme des « fonds d’investissement de données », où le capital sera des données plutôt que de l’argent. Cet échange de bons procédés permettra par exemple à une entreprise qui cherche à développer des capacités de détection de changement d’accéder à d’énorme quantités de données pour former et tester ses algorithmes.

« Si les données sont le nouveau pétrole, nous voulons que ces entreprises fassent des services pétrochimiques » R. Cardillo

En ouvrant certaines de ses données aux structures offrant des solutions de type Analytics as a Service (AaaS), la NGA estime offrir aux entreprises l’opportunité de gagner un avantage concurrentiel non négligeable pour fournir des services puissants et profitables à ses clients.

L’analyse de données en tant que service

Aussi connu sous l’acronyme DAaaS pour Data Analytics as a Service, le terme Analytics as a Service (AaaS) désigne la fourniture de logiciels et d’opérations analytiques à distance, c’est à dire des services délivrés via le web par des entreprises tierces au même titre que les offres Saas ou IaaS. L’attractivité croissante de cette solution s’explique généralement par la complexité et les coûts élevés de la mise en place d’un processus analytique dans une entreprise. Cette offre de service est une solution clef main permettant aux entreprises de tirer rapidement profit de leurs données à la demande, sans investir dans l’acquisition de matériels, logiciels et équipes expertes en la matière.

Combinant à la fois des techniques telles que le cloud computing et l’analyse de données de masses grâce à des algorithmes d’apprentissage machine, l’AaaS permet de s’acquitter de tâches récurrentes et automatisables pour exploiter efficacement le potentiel des données. La NGA y voit une opportunité pour proposer à son personnel un accès rapide aux informations pertinentes contenues dans les données géospatiales et libérer davantage de temps à ses analystes afin qu’ils puissent se concentrer sur des analyses plus poussées.

Selon Scot Currie (directeur du NGA’s Source Mission Integration Office) la NGA testerait déjà certaines offres AaaS via son initiative Commercial GEOINT Activity (CGA), un programme mené conjointement avec le National Reconnaissance Office (NRO) avec lequel les agences évaluent de nouvelles capacités commerciales.

Une mise en place complexe

Cependant, cette vision audacieuse se heurte à de nombreux défis, en cause notamment la sensibilité des données que l’agence a en sa possession. Il est clair que la NGA aura besoin de garanties et d’un haut niveau d’exigence pour autoriser le transfert de ses ressources à des entreprises privées. Si la NGA semble déterminée à se tourner vers la solution de l’AaaS, sa mise en place pourrait néanmoins prendre un certain temps.

L’agence travaillerait actuellement sur le sujet avec des avocats pour savoir comment partager ses données ouvertement, tout en protégeant les sources du gouvernement ainsi que la propriété intellectuelle. Cette nouvelle ambition de la NGA nécessitera néanmoins l’approbation du Congrès afin de former et budgétiser ces nouveaux partenariats public-privé dès 2018.

De nouveaux partenariats publics

En parallèle, la NGA cherche à diversifier ses activités et trouver de nouveaux cas d’usages pour valoriser ses données. L’agence s’est notamment associée avec l’U.S. Census Bureau (service du recensement américain) pour fiabiliser ses futures opérations de prospection. L’utilisation de l’imagerie de la NGA aurait permis de vérifier les logements dans près de onze millions de blocs de recensement à l’échelle nationale. L’utilisation de l’imagerie combinée à l’utilisation de nouveaux algorithmes permettrait de vérifier jusqu’à 75% des changements de logements en limitant le déplacement des employés sur le terrain. Selon Robert Cadillo, cette approche va permettre à l’U.S. Census Bureau de gagner en efficacité pour le comptage et économiser environ un milliards de dollars.

Cette coopération n’est pas sans rappeler l’initiative Geoscape, lancée par PSMA Australia pour localiser les emplacements et caractériser les attributs physiques de plus de 15 millions de structures réparties sur l’ensemble du continent australien. L’exploitation du potentiel de l’imagerie archivée par DigitalGlobe via sa plateforme GBDX a permis de recueillir des données variées telles que les emprises de constructions et leur hauteur, les types de toits, les hauteurs d’arbres et leur proximité, la présence d’installations de panneaux solaires, de piscines, et plus encore.

Si ce cas d’usage n’est pas nouveau, l’implication de la NGA dans ce programme est une première et dénote une volonté de diversifier ses partenariats pour trouver de nouvelles solutions à même de répondre à ses propres besoins.

Jean-Philippe Morisseau

Bibliographie

  1. Kendall Russell, « NGA pursues public private partnerships for new GEOINT solutions » http://www.satellitetoday.com/government/2017/08/08/nga-pursues-public-private-partnerships-new-geoint-solutions/
  2. Marc Selinger, « NGA Growing in Acceptance of Satellite Imagery Startups«  http://www.satellitetoday.com/newspace/2016/09/28/nga-growing-acceptance-satellite-imagery-startups/
  3. Debra Werner « NGA director hopes to foster next “unicorn” by inviting innovators to feed at agency’s data trough » http://spacenews.com/nga-director-hopes-to-foster-next-unicorn-by-inviting-innovators-to-feed-at-agencys-data-trough/
  4. Matt Alderton, « NGA Eyes Analytic Assistance » http://trajectorymagazine.com/nga-eyes-analytic-assistance/
  5. Bastien L, « Analytics as a Service » http://www.lebigdata.fr/analytics-as-a-service
  6.  Anthony Wallace, « How many buildings are in Australia? Geoscape is counting«  http://spatialsource.com.au/gis-data/many-buildings-australia-geoscape-counting

Une réflexion sur “La NGA en quête de partenariats d’un nouveau genre

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